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Chère Colère,

 

Je me suis enfin décidée à t’écrire. C’est assez exceptionnel parce qu’il n’y a pas si longtemps de cela, je n’acceptais pas ton existence, encore moins ta présence. Oui, pour moi, tu étais persona non grata. Je ne te supportais pas. Je ne te voyais qu’en négatif, en violence et j’avais donc très peur de toi. Tu pointais bien sûr le bout de ton nez de temps en temps mais je faisais en sorte que tu restes bien cachée. En grandissant, j’ai appris qu’il ne fallait pas t’exprimer, que ça posait des problèmes; et sans vraiment savoir pourquoi, j’ai accepté ce qu’on me disait.

 

 

Puis les angoisses sont arrivées. Il a bien fallu que je commence à reconnaître mes émotions, les nommer, les ressentir, les vivre. Oui, mais je ne savais pas comment. Ce fut le début d’un long chemin qui n’est pas terminé. A-t-il d’ailleurs une fin?

 

Pour t’apprivoiser, j’ai d’abord essayé de te comprendre. J’en suis venue à la conclusion que tu cachais souvent une grande variété de croyances et d’émotions; que tu étais bien plus complexe et riche qu’il n’y paraissait. Alors, quand tu frappais à la porte, je faisais en sorte de comprendre pourquoi tu t’invitais chez moi. Tes enseignements m’ont tellement apporté. Bon, ça n’a pas toujours été facile et il m’a fallu une bonne dose de douceur d’honnêteté envers moi-même pour accepter ce que tu me montrais. Mais, au final, tu m’as toujours été d’un grand secours. Dès que je pouvais écouter ton message, tu t’apaisais. Je me disais donc que j’avais enfin appris à gérer la colère!

 

 

Tu revenais  pourtant régulièrement, pas chez moi mais dans mon entourage. A tel point qu’il m’a fallu reconnaître, au bout d’un certain temps, que, oui, j’avais initié un dialogue avec toi mais que je ne t’avais jamais autorisée à entrer. Oui, tu m’étais plus familière mais je ne t’aimais toujours pas. Tu me faisais peur. Tant qu’on en restait à une simple conversation, ça allait mais lorsqu’il fallait passer à ce qui se vivait en moi à ton contact, je refermais bien vite la porte.

 

Puis, j’en ai appris encore un peu plus sur les émotions et leur besoin de circuler (logique, après tout, l’anglais “motion” veut bien dire mouvement!). J’ai compris que tu avais besoin de te balader et que tu n’aimais pas du tout rester bloquée. Tu voulais juste entrer, visiter un peu les lieux et repartir tranquillement. Sauf que moi, je te laissais grandir sur mon pallier. Inconsciemment et un peu naïvement, je me disais que tu partirais peut-être toute seule. Je me suis trompée.
Progressivement, j’ai réussi à t’apprivoiser, à changer le regard que je posais sur toi pour au final t’ouvrir ma porte et t’inviter à la maison.

 

Tu m’as beaucoup surprise! Je t’ai accompagnée dans la visite des lieux. Je pensais que tu allais y mettre un sacré bordel; tu t’es pourtant très bien tenue. Je peux même dire que ta visite a été plutôt agréable. Pour t’accompagner, j’ai chanté, dansé et tu es repartie assez rapidement. Je ne m’attendais certainement pas à ça. Après toutes ces années passées à t’éviter!
Bien sûr, tu es revenue assez régulièrement pendant quelques temps.
Depuis, nos rencontres se sont espacées et je ne les redoute presque plus.

 

 

Je suis désolée de t’avoir classée parmi les mauvaises personnes, avec ta copine la peur notamment. Je ne vais pas te mentir, je préfère nettement prendre le thé avec la joie ou l’amour! Mais je t’avais mal jugée et j’avais besoin d’apprendre à te connaître. C’est moi qui t’avais transformé en monstre.
Alors, je te remercie d’avoir insisté si longtemps. Je ne te dis pas non plus que je t’accueillerai à chaque fois les bras grands ouverts mais j’essaierai. Grâce à toi , j’ai grandi et je me sens mieux.

 

MERCI!

Magali

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